La «tuseule» au Hilton

La fin d’année scolaire est dans moins d’un mois, ç’qui veut dire que c’est bientôt l’temps du bal de graduation.

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«Et puis, ma belle p’tite fille!? C’est qui l’chanceux qui va t’accompagner à ton bal!?», demande ta grand-mère, en t’pognant les deux joues.

La question qui tue.

La question qui fait mal.

La question qui t’rappelle que tu vas y’aller toute seule, à ton bal.

Merci d’tourner l’couteau dans la plaie, grand-maman.

La vérité, c’est qu’t’as pas besoin d’être accompagnée pour passer une belle soirée.

Le jour de mon bal des finissants, j’étais nouvellement célibataire et j’y suis allée avec mes amies. J’ai survécu. J’ai même passé une excellente soirée. Parce que y’a plein d’avantages à y aller en version solo (et «solo» n’est pas vraiment l’mot approprié, parce que y’a pas un moment où tu vas être tuseule, tes amis vont toujours être avec toi).

J’vais te l’avouer, ça m’tentait pas, moi non plus, d’y aller pas accompagnée. Mon bal, j’avais commencé à l’planifier quand j’étais en première année du primaire. J’avais déjà décidé que ma robe allait être rose, que mes cheveux allaient être bouclés pis que j’irais avec mon amoureux. À un mois du bal, j’avais presque tout: j’avais acheté ma robe bleue (oui, bleue, parce que j’ai eu l’temps d’changer d’idée depuis la première année) et mon rendez-vous chez la coiffeuse était pris. Y m’manquait juste un élément: l’amoureux.

Pas d’accompagnateur? C’est vraiment pas d’même que j’pensais qu’les choses allaient s’passer.

L’idée d’arriver tuseule au Hilton (c’est là qu’se déroulait la soirée), j’trouvais ça déprimant. J’voulais avoir des photos d’moi pis mon chum habillés des tenues chics qu’on allait jamais remettre de notre vie. J’voulais qu’y m’dise que j’tais belle. J’voulais danser un foutu slow sur une toune d’amour de Foreigner comme les autres couples (I wanna know what love iiiiiis, I want you to show meeeeee). J’voulais, j’voulais, j’voulais. Bon, j’ai rien eu d’ça. Y’a bein fallu qu’j’en revienne. Pis, en plus, j’ai eu mieux!

Pendant qu’toutes les filles planifiaient soigneusement (et longtemps) à l’avance la couleur de leur robe pour être sûre de fitter avec l’habit d’leur chum, j’ai pu choisir la robe que j’voulais. J’me suis pas cassé la tête, j’avais pas besoin d’prendre en considération les goûts d’un autre. Pis celle qu’y m’faisait capoter, je l’ai achetée.

Pendant qu’y’en avait qu’y’étaient pas capables de décider où aller à l’après-bal («On va tu d’ton bord ou d’mon bord pour l’après-bal? Parce que j’aimerais ça qu’on aille chez mon amie.» «Ça m’tente pas, ton amie m’tappe sur les nerfs.» C’est quasiment pire qu’le débat «On passe notre réveillon d’Noël dans laquelle des deux familles?» que les couples vivent à chaque année), j’ai pu aller où j’voulais.

Pis j’ai eu du fun toute la soirée.

J’ai mangé d’la pas-tant-bonne-bouffe, mais j’trouvais ça trippant pareil parce que, moi et mes amies, on trouvait ça drôle d’avoir payé 65$ pour une déception culinaire pis on arrêtait pas d’se compter des bonnes jokes. Et on chantait les chansons qu’le DJ faisait jouer pendant l’souper.

J’avais mal aux pieds à cause des maudits talons hauts-mais-pas-si-hauts-qu’ça qu’j’avais achetés, fa’que j’les ai enlevé pis j’me suis promenée en gougounes (vous comprendrez qu’moi et les gougounes, ç’t’une grande histoire d’amour: j’en parle tout l’temps pis j’ai toujours ça dans les pieds). J’avais rapetissé de quelques centimètres, mais j’m’en foutais. Mes pieds m’en étaient très reconnaissants.

Mon amie a déchiré l’bas d’ma robe en pilant dessus. J’ai continué d’danser su’l dancefloor (en gougounes, naturellement). Tant pis, ça s’répare. J’tais en feu.

Je l’ai eu, mon slow, finalement, mais avec mon amie. On a ri tout le long. Deux vraies folles. Pis ç’tait pas une toune de Foreigner.

J’tais su’l gros party.

J’ai dansé jusqu’à ç’qu’y reste pu personne pis qu’les employés d’l’hôtel s’mettent à ramasser l’bordel qu’y’avait dans la salle. C’est là qu’j’ai compris que ç’tait fini. Pis c’est là qu’j’ai pleuré untipeu. La soirée que j’m’étais imaginée depuis ma première année était déjà terminée.

J’suis pas en train d’te dire que tu vas passer un mauvais quart d’heure si tu y vas avec ton chum. J’suis pas non plus en train d’te dire d’le quitter pour y aller toute seule, à ton bal (vraiment pas). Parce que j’imagine que c’est l’fun aussi, être un p’tit couple habillé d’la même couleur. Ça, pis danser un slow, un vrai de vrai. Prendre des photos d’amoureux. Passer la dernière soirée du secondaire ensemble.

C’est juste pour te dire que, accompagnée ou non, tu vas passer une soirée extraordinaire quand même. T’es pas tuseule. T’es jamais tuseule. Pis rendue là-bas, au Hilton, sur le Louis-Jolliet, au Centre des Congrès ou dans la cafétéria d’ton école, tu t’en sacres pas mal d’être venue pas accompagnée.

Sur ce, j’vous souhaite à tous et à toutes un merveilleux bal (un mois à l’avance).

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