L’cœur dans l’oreille

Pas une lumière, sauf celle des étoiles. Pas un son, sauf celui d’ton cœur dans mon oreille.

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T’en souviens-tu?

Y’était tard. Ou tôt. Ça dépend si tu vois ça comme la fin d’une journée ou l’début d’une autre.  Mais y’était pas loin d’minuit pis, dehors, la nuit ressemblait à un vieux tableau peinturé en noir.

Toute la ville dormait.

Sauf nous deux.

On était couchés pis nos corps occupaient l’quart d’la largeur de ton lit King. Veux-tu ben m’dire à quoi ça t’servait d’avoir un lit grand d’même quand on passait notre temps collés?

Ce soir-là, y faisait frette. On s’était envahis d’couvertes.

J’tais allongée sur le même côté du lit qu’à mon habitude, à droite, la tête accotée juste quelques centimètres plus bas qu’ton épaule. J’me concentrais à savourer l’moment avec mes cinq sens.

Tu t’amusais à faire glisser tes doigts dans mes cheveux. Ça chatouillait un peu, pis ça m’endormait. J’tais toute dépeignée, la tignasse remplie d’nœuds mais tu t’en foutais : tu m’aimais d’même. Au naturel.

J’nous sentais heureux.

J’arrivais à sentir chacune de tes expirations frôler mon front, glisser sur la pointe de mes cils pis atterrir su’l bout d’mon nez.

J’nous sentais vivants.

Ton parfum venait danser dans mes narines, ravivait des souvenirs dans mon esprit pis dessinait un sourire sur mon visage.

J’nous sentais nostalgiques.

La lumière était fermée, j’arrivais juste à percevoir la couleur noire. Mais, au fond d’moi, j’avais l’impression d’voir tout plus beau, tout en mieux, tout en rose.

J’nous sentais invincibles.

Y’avait pas un bruit dans la pièce, le silence avait l’emprise sur chaque pied carré. Mais ç’tait pas l’genre de silence lourd qui crée des malaises. Ç’tait un silence confortable. On disait pas un mot. On avait pas besoin. Pis on savait qu’ça scrapperait l’mood si l’un d’nous deux osait dire quelque chose.

Le silence complet.

Ou presque.

J’avais l’côté droit d’ma tête collé sur ton chest pis j’entendais ton cœur résonner jusque dans l’fond d’mon oreille. Y battait fort. J’entendais l’tien pis j’sentais l’mien à travers ma poitrine. Ç’tait comme une symbiose, comme si j’étais ton écho. Ça sonnait comme des instruments à percussions, comme un rythme de tambours. Ça faisait vibrer mon tympan comme ma musique préférée.

On était bien.

On est resté d’même longtemps. Mais pas assez longtemps. C’est jamais assez. Pis ça serait jamais trop non plus.

L’temps s’est envolé petit à petit. Je l’ai pas vu filer, y’allait trop vite.

Sans que j’m’en aperçoive, tu t’étais éloigné. T’étais rendu tellement loin qu’t’aurais pu faire l’étoile sur ton bord de lit sans même effleurer un millimètre de ma peau.

Subitement, t’as arrêté d’jouer dans mes cheveux.

Y’a eu pu rien qu’du noir partout autour de nous.

Ton parfum s’est perdu dans l’air.

L’silence, y’était pu réconfortant pantoute.

J’me suis rendu compte que, dans l’fond, moi, j’étais bien. Toi, tu l’étais moins.

La réalité a fait son chemin.

J’me suis rapprochée, j’ai remis ton cœur dans mon oreille. Parce que ç’tait lui, ma béquille, ce sur quoi j’m’accrochais pour croire qu’ensemble, on faisait qu’un.

Je l’écoutais, je l’entendais.

Mais, tout à coup, y sonnait faux.

Y sonnait creux.

Y sonnait vide.

Y’avait pu rien d’dans.

Nos cœurs battaient à deux rythmes différents.

C’est là qu’j’ai compris qu’nous deux ça durerait pas toute la vie, qu’on tenait sur un décompte pis qu’là, y’était fini.

T’étais là, à côté d’moi. Si près, mais si loin. Au fond, t’étais parti.

T’en souviens-tu ?

L’cadran, y’affichait minuit et une.

Y’était tard. Pis tôt à la fois.

Ç’tait un début. Pis une fin en même temps.

Dans mon cœur, y faisait frette. Mais pour le réchauffer, ç’tait pu une question d’couvertes.

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