Le piano désaccordé

Pour tous ceux qui partent trop vite.

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Chaque soir, j’jouais une p’tite mélodie au piano en pensant à toi, juste avant d’aller dormir.

Toujours la même.

Ç’était moi qui l’avais composée.

J’étais assez fière.

Y’avait pas d’paroles, par contre. Juste du piano.

J’suis pas une pianiste hors pair. J’ai jamais pris d’cours, j’fais ça par amour d’la musique et parce que ça m’permet d’faire sortir ç’que j’ressens en d’dans avec autre chose que des mots.

Tout ça pour dire que j’avais pas les outils nécessaires pour faire un chef d’œuvre à la Beethoven : ma composition était vraiment simple.

Vraiment.

Tellement simple qu’un enfant d’cinq ans aurait sûrement été capable d’la jouer à l’oreille.

« Full fafa », qu’y’aurait dit.

P’t’être bien qu’y’aurait eu raison.

Mais chaque note venait d’mon cœur. C’est ça l’important.

T’étais important.

Une chose est sûre : elle sonnait comme toi.

J’avais l’impression d’peindre ton visage avec des notes de musique.

Fa’que j’la jouais pour m’apaiser l’esprit.

J’la jouais sur mon vieux piano désaccordé aux touches ridées.

Tous les jours. Presque sans exception.

Pas pendant deux heures. Juste une fois.

Certains soirs, j’lui ajoutais quelques nouvelles notes, selon mon feeling.

Elle s’est pas bâtie en une seule journée.

Mais, un jour, j’ai été bloquée.

Pas capable d’la compléter. Pas capable de lui trouver un air pour boucler la boucle.

Et ç’a continué comme ça longtemps, chaque jour, jusqu’à ç’que j’me décourage assez pour arrêter complètement d’la jouer.

J’suis pas du genre à abandonner, mais j’me sentais pas bonne.

Pis déçue d’pas arriver à composer une fin.

Une fin qui finit bien.

J’voulais pas la botcher. J’me disais qu’un jour j’allais trouver les notes qui allaient bien fitter dans mon puzzle musical.

Pis, brusquement et sans avertir personne évidemment, le temps est venu t’chercher.

La veille t’étais là, le lendemain tu l’étais pas.

J’ai déposé une p’tite larme sur mon vieux piano et j’suis allée en acheter un autre.

Un neuf qui était bien accordé.

À la maison, j’me suis assise devant lui.

J’ai rejoué ta chanson.

J’ai fait glisser mes doigts sur les touches blanches et c’était comme avant. Comme si j’avais jamais arrêté.

Et c’est justement ç’que j’ai fait cette journée-là. J’ai pas arrêté.

J’ai laissé mes mains me guider vers la note finale. La note parfaite.

Pis je l’ai trouvée.

J’aime croire qu’tu m’as aidée.

Parce que j’suis sûre que t’étais assis juste à côté d’moi à ç’moment-là pour m’écouter créer la fin qu’tu mérites.

Une fin qui finit bien.

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