Sept ans d’malheur

Ce matin, j’me suis réveillée à côté d’toi pis j’ai espéré qu’ça soit la dernière fois.

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6h.

Mon cadran sonnait l’alarme d’la mort de notre couple.

Notre amour était déjà endormi depuis trop longtemps, de toute façon.

J’ai jamais été capable d’aimer comme le monde normal. Mon cœur a un défaut d’fabrication. J’ai essayé toute ma vie d’le réparer avec des p’tits bouts de scotch tape qui collaient pas, mais j’ai fini par baisser les bras pis juste vivre avec.

Pas bein l’choix, un cœur ç’pas échangeable.

J’ai jamais été capable d’aimer pis je l’savais avant même qu’on s’échange nos numéros d’téléphone. Je l’savais qu’on allait finir par avoir mal tous les deux.

J’savais tout ça.

J’aurais du m’écouter.

Mais je l’ai pas fait.

J’m’excuse.

Maintenant, j’ai juste envie d’enfoncer mon pied su’l frein.

J’ai même déjà trop attendu.

J’aurais aimé ça avoir une bonne raison d’casser ton cœur en mille miettes pis de t’laisser ramasser les morceaux.

Sept ans d’malheur pour moi.

J’suis pas une fille superstitieuse d’habitude, mais celle-là j’y crois.

J’aurais voulu t’dire n’importe quoi pour te faire plaisir, pour qu’au moins ça vaille la peine quand tu irais dire à tes amis qu’j’suis une conne.

Pour pas qu’notre rupture reste vague à tes yeux.

Mais j’en avais pas, d’raison. À part que j’ai écouté les mensonges de mon cœur trop longtemps.

J’ai écouté ses battements imaginaires.

J’suis pas amoureuse.

Alors, ce matin, j’ai juste ramassé mes affaires avec l’intention d’m’en aller et d’pus revenir.

J’étais dans l’cadre de porte, quand t’as ouvert tes yeux pochés et qu’tu m’as vue. J’avais le p’tit orteil gauche en dehors d’la chambre, prête à partir.

Y’a eu un long eye contact.

C’est là qu’t’as compris ç’qui s’passait, encore la tête engourdie du réveil.

En une fraction d’seconde, tu t’es comme fait rentré d’dans par une tempête d’émotions. T’avais les yeux à deux doigts d’déborder pis les lèvres qui commençaient à shaker parce que j’te donnais froid au cœur.

Ton visage me suppliait d’pas faire ça.

« Reste, steuplaît. »

C’est ça qu’y m’disait.

J’ai eu mal à t’voir de même parce que j’ai déjà été à ta place.

Pis là j’me suis réveillée pour vrai.

J’me suis demandé si tout ça était vraiment arrivé.

J’ai réalisé qu’non. Ç’tait juste un rêve.

Et j’ai regardé ta face à côté d’moi en ayant envie qu’ça soit la dernière fois.

Le dégoût d’avoir à vivre ç’qu’y venait d’se passer dans ma tête me serrait la gorge tellement fort que j’avais envie d’vomir.

J’avais envie d’vomir ma rivière de mots qui m’feraient donc du bien à t’dire, mais qui t’feraient bein mal.

Sauf que j’ai pas été capable.

Pas été capable d’effacer ton sourire à coups de « j’t’aime pus » pis de « c’est fini ».

Pas été capable de t’planter mon couteau d’paroles amères dans la poitrine.

T’as senti mon regard brûlant et tu t’es réveillé.

Tu m’as dit « je t’aime » pis j’ai juste souri.

J’ai rien répondu en espérant au fond d’moi qu’ces mots-là sortent de ta bouche pour la dernière fois.

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