S’pitcher dans l’vide

J’ai la tête dans les airs pis les deux pieds dans l’vide.

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Mon vertige capote. Y m’crie qu’j’suis trop loin du sol.

Je l’écoute pas. J’préfère lui mentir en m’fermant les yeux.

Tout l’monde sait qu’ça peut pas faire de mal, un vertige qui voit rien.

Tuseule su’l bord d’une falaise, j’attends.

J’attends pour sauter.

J’attends.

J’attends.

J’attends beaucoup.

J’attends encore.

J’trouve ça long mais ç’correct, j’suis pas pressée.

J’shake un peu du bout des doigts fa’que j’les cache dans les poches de mon coat pour les calmer même si ça marche pas vraiment.

C’est l’stress qui fait ça, sûrement. Y gosse, lui. Y’est là trop souvent.

J’lui dis d’partir, mais y s’en fout. Y’est trop têtu.

Ça fait un pas-si-p’tit-bout-qu’ça qu’j’suis en haut à attendre que la vie m’pousse dans l’dos pour que j’saute. Pis j’tremble de plus en plus même si mes mains sont prises au piège dans mon manteau. Mon truc marche pas pantoute.

J’commence à m’demander si ç’t’une bonne idée que j’sois là.

J’me dis qu’oui: c’est sûr que ç’t’une bonne idée, parce que ça m’fait peur.

Pis j’me dis qu’dans la vie, les meilleurs plans c’est ceux qui font peur au moins un peu. Pas trop, juste assez.

C’est eux qui nous permettent de grandir entre nos deux oreilles.

J’me répète que ç’correct d’être stressée quand j’mets un pied devant l’autre parce que ça veut dire que j’prends des risques qui, un jour, vont m’permettre de dessiner des crochets sur ma liste de rêves à réaliser.

J’me répète que j’ai l’droit d’être prise d’une petite crainte en ç’moment.

Que c’est normal.

Sinon, ça voudrait dire que j’avance pas.

Que j’bouge pas.

Que j’suis pognée dans un genre de traffic qui finit pas.

Un traffic dans lequel les voitures sont remplacées par les excuses pis les barrières que j’m’impose à moi-même.

Ça voudrait dire que j’ai les deux pieds enfouis dans l’plancher.

Pis j’veux pas vivre en portant des souliers en béton.

J’veux pas avoir les pieds trop lourds. Ça m’empêcherait d’aller d’l’avant.

Un jour ou l’autre, y faut s’lancer.

Y faut sauter.

Avec pas d’souliers.

Nu-pieds.

Ç’pour ça que j’suis là. Pis que j’m’apprête à m’jeter dans les airs.

Ça fait drôle d’être aussi proche du vide. De l’inconnu, dans l’fond.

Être tellement proche que j’peux presque lui toucher.

J’ouvre finalement mes yeux.

J’regarde en bas d’la falaise pis j’vois mon avenir me faire signe d’aller l’rejoindre.

J’entends mon instinct m’prédire que c’est l’heure de sauter.

Lui, je l’écoute.

D’un bord, j’ai l’stress qui m’retient par le bras. De l’autre, y’a mon vertige qui essaie d’m’étourdir.

Mais j’les laisse en arrière de moi, juste avant de m’pitcher dans l’vide. J’les sens mourir pendant que j’souris pis qu’le vent m’fouette la face.

« Adieu », que j’leur dis.

J’ai retiré mes mains d’mes poches.

J’flotte dans le rien qui m’entoure.

Pis j’croise mes doigts qu’l’atterrissage fera pas trop mal.

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