Un ouragan dans mon café

Ça devait faire plusieurs mois qu’on s’était pas vu, toi pis moi.

unsplash-bonus

Y’était 9h du matin quand j’t’ai texté.

On était samedi pis ça faisait pas longtemps qu’j’étais debout. J’suis toujours levée à ç’t’heure-là la fin d’semaine parce que j’veux pas manquer ma chronique préférée à Salut Bonjour!.

La nuit d’avant j’avais rêvé qu’on s’revoyait pis ç’tait l’fun comme rêve. Ça m’a fait réaliser qu’tu m’manquais, dans l’fond.

En fait je l’savais depuis un bout. Ça me l’a juste confirmé.

Fa’que j’t’ai invité à aller prendre un café.

J’avais vraiment peur que tu refuses.

Mais finalement t’as dit « oui ».

J’me suis sentie d’bonne humeur. T’as bien commencé ma journée.

« Tu peux quand ? », que j’t’ai dit.

« Bein aujourd’hui j’suis dispo si tu l’es », qu’tu m’as dit.

14h.

On s’est rejoint avec chacun cinq piasses dans les poches : assez pour un breuvage pis p’t’être un deuxième au cas où la discussion s’déroulerait vraiment bien, on savait pas comment les choses allaient tourner.

On jouait safe.

T’as jamais aimé l’café pis j’ai remarqué qu’tes goûts avaient pas changés parce que tu t’es pris une boisson gazeuse.

Comme tout l’temps.

Mais le « tout l’temps » d’avant. Ton « tout l’temps » d’maintenant, je l’connais pas.

Avant, tu m’disais toujours que j’étais dégueu d’boire cette cochonnerie-là pleine de caféine pis qu’dans quelques années j’allais chialer sur mes dents jaunes. J’te répondais qu’au moins moi j’allais pas finir mes jours avec le diabète, à la quantité d’sucre que tu prenais dans ton Coke.

Avant, ç’tait comme ça qu’on s’disputait.

Ç’tait des p’tites chicanes qui comptaient pas.

On s’est jamais engueulés pour vrai.

Après quatre gorgées, j’t’ai avoué que j’m’ennuyais d’toi.

J’pensais qu’ça allait être comme dans les films pis qu’t’allais t’étouffer avec ton concentré de diabète liquide mais ta face a eu aucune réaction.

T’es resté neutre.

Sûrement qu’tu t’y attendais.

J’devais avoir besoin de t’dire quelque chose d’important, quelque chose de ç’genre-là, pour t’inviter à prendre un café avec moi après m’être cachée aussi longtemps derrière le silence.

Si j’avais juste voulu prendre de tes nouvelles j’t’aurais écrit « salut quoi d’neuf » sur les réseaux sociaux entre ma dernière bouchée d’toast pis l’début d’ma traditionnelle chronique à la tivi.

Mais c’est pas ç’que j’ai fait.

Tu m’as regardé un bon moment, juste assez longtemps pour que j’remarque que tes yeux étaient d’la même couleur que l’ciel, juste assez longtemps pour que j’trouve ça beau parce que ça flashait, ç’tait pas une journée où y faisait gris dehors.

T’as joint tes deux mains ensemble.

T’as pris une grande inspiration comme pour me dire quelque chose de long et compliqué.

T’as rempli tes poumons d’air.

T’avais l’air prêt à m’réciter ton texte sans faute, avec les virgules, les onomatopées, les bonnes intonations pis toute.

Mais t’as tout laissé sortir dans un soupir.

‘Faut croire que des mots, ç’tait trop. Juste trop.

Trop compliqué, trop long, trop lourd, trop tout.

T’façon t’as pas eu besoin d’parler pour que j’comprenne que ç’tait pas réciproque.

Ç’te seconde-là, j’te jure, y’a un ouragan qui s’est formé dans mon latté.

Mais je l’ai avalé d’une traite parce que j’voulais pas qu’ça paraisse.

Ç’te seconde-là, j’te jure, j’ai échappé mon sourire dans mon café.

Y’a glissé d’ma face pis y s’est fait engloutir par la tempête.

Je l’ai pas revu d’la journée, y s’est noyé.

On a fini nos breuvages sans trop s’échanger d’autres paroles, à part quelques phrases à propos d’la météo. Histoire de scrapper l’malaise qui s’était installé un peu.

On s’est dit qu’y faisait enfin beau dehors mais c’est drôle, en comparant une deuxième fois ton iris avec le ciel, l’atmosphère m’a parue plus gris.

Le soleil avait dû changer d’place.

En tout cas y brillait clairement pus nulle part.

On s’est rien commandé d’autre. On s’est tous les deux quittés avec notre restant d’monnaie dans les poches.

Ç’tait p’t’être mieux d’jouer safe avec nos cinq piasses, mais ça nous aura servi à rien finalement.

J’ai marché jusqu’à chez moi avec une impression bizarre en d’dans.

L’impression d’avoir plein d’morceaux de sentiments brisés pris dans une tempête.

J’avais mal au cœur pis j’étais étourdie.

J’avais hâte que ça passe. Que l’beau temps revienne.

Parce que mon ouragan m’donnait l’mal de mer.

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2 réflexions sur “Un ouragan dans mon café

  1. Premier de tes textes que je lis, en écoutant ta pièce sur bandcamp pour la première fois.
    Je suis tombé dessus par le tag franco. La photo des vagues écumantes m’a fait cliquer sur ta pièce.

    Saperlipopette! Bravo!

    J’aime

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