Je l’sais qu’tu l’sais

Pis fais pas semblant qu’tu l’sais pas.

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On est couchés l’un à côté d’l’autre, aussi raides que des barres en métal, pis on dort pas encore.

Tu m’insomnises ben trop.

L’cadran, y’affiche un trois pis deux zéros. C’est pas assez d’chiffres pour être réveillés en plein milieu d’la nuit.

P’t’être que Morphée vient pas nous chercher parce qu’y trouve qu’on fait pitié.

P’t’être qu’y nous donne la chance de s’éprendre une dernière fois avant qu’tu partes demain matin pour Trop-Lointain. Parce que chaque fois qu’tu franchis l’cadre de porte, j’trouve que t’es déjà trop loin.

Ou p’t’être que c’est notre faute.

P’t’être qu’on s’force à jeter l’sommeil dans la poubelle pour pouvoir profiter d’la présence de l’autre. Juste pour aujourd’hui.

Ou p’t’être qu’on s’en fout d’savoir pourquoi.

Parce que, dans l’fond, j’aime ça avoir les yeux ouverts pis regarder les secondes passer.

Avec toi.

À soir, les grains du sablier coulent pas trop vite. C’est parfait.

On pourrait p’t’être s’aimer sans qu’notre peau s’touche.

On a l’temps.

On pourrait s’dire les vraies affaires même si on les connaît déjà.

Ça ferait du bien pareil.

Ça ferait du bien même si je l’sais qu’tu connais par cœur ç’que mes sentiments pensent en presque-silence.

Je l’sais qu’tu l’sais que, quand t’es là, j’me sens drôle par en d’dans.

J’me sens comme quand j’avais cinq ans pis que j’me balançais trop haut : mon cœur faisait un tour de manège. Ça m’chatouillait d’une bizarre de façon dans l’estomac pis ça m’donnait l’vertige.

Tu m’donnes le même feeling.

Je l’sais qu’tu l’sais que, quand j’te vois, y’a des palmiers qui m’poussent derrière les yeux.

Parce que tu m’fais voyager.

T’achètes un billet d’avion à ma tête pis tu l’envoies au-dessus des nuages.

Je l’sais qu’tu l’sais que, quand t’es pas avec moi, ça m’réconforte de m’rappeler qu’t’es quand même quelque part dans l’univers en train d’exister.

En train d’respirer.

En train d’être toi.

Ça m’réconforte de savoir que t’es là.

Juste pas ici.

Quelque part.

Plus loin, mais t’es là pareil.

Pis ça m’suffit.

Je l’sais qu’tu l’sais que, quand tu vas être parti demain, j’vais sacrer ma tête dans ton oreiller pendant trois-secondes-et-quart pour sniffer une dernière draffe de toi.

Pour que ton odeur reste pognée dans mon nez.

Je l’sais qu’tu l’sais que j’réserve mes « j’t’aime » juste pour toi.

Personne d’autre.

Pis je l’sais qu’tu l’sais qu’en ç’moment, j’suis fatiguée.

Que j’aurais besoin d’au moins deux bouts d’scotch-tape pour garder mes paupières ouvertes.

Mais mon scotch-tape, ç’t’un peu toi.

Tu m’gardes éveillée.

Parce que j’voulais être sûre que tu saches tout ça.

Maintenant qu’je l’sais qu’tu l’sais, on peut s’envoler avec Morphée.

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4 réflexions sur “Je l’sais qu’tu l’sais

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