Collabo: Les saisons trop courtes

Texte écrit par Sandrine Zanèse.

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Des fois j’te regarde pis j’me dis que y’a rien de plus fort que nous. Rien qui peut nous atteindre. On est comme sur le mont Everest, sauf un p’tit peu plus haut. On tient à presque rien, mais on s’accroche quand même.

Mais j’ai peur que le temps me fasse perdre pied.

Ses aiguilles filent trop vite, ses secondes me rattrapent, nous rattrapent.

Les saisons sont sur les nerfs. Y’ont toutes hâte de s’emboîter les unes après les autres pis former des années qu’on voit pas passer.

On se réveille un matin d’automne.

Ça sent les feuilles mortes et le vent chuchote des mots doux à ta fenêtre que tu laisses toujours ouverte malgré les frissons qui nous surprennent des fois. Ça me dérange pas parce que ça fait une raison de plus de me blottir dans tes bras. Une raison de plus de rester soudée à toi.

En automne, c’est le temps où on se perd dans un tapon de couvertes, à s’enivrer de l’odeur de l’un pis de l’autre.

On se lève en hiver, dans une tempête de flocons pis cloitrés dans le givre de nos maisons.

En hiver, on se réchauffe le corps dans nos étreintes pis, par le fait même, on déglace nos coeurs pris sous les bancs de neige. On s’embrasse entre deux sips de chocolat chaud, même si on a les lèvres gercées par le frette. C’est comme ça qu’on les répare nos blessures. On se détache pas des yeux, on s’échange nos souffles tellement la proximité nous emprisonne, pis c’est à ce moment-là que j’ai l’impression que le temps s’arrête.

On profite de la journée au printemps.

La nature s’éveille pis mes sens aussi. On dirait qu’on revit pis qu’on retombe en enfance. On se couche en-dessous d’un lilas pis tu me flattes les cheveux. Mon coeur fait trois-quatre bonds pendant qu’on se promène main dans la main entre le ruissellement de la neige qui fond et des branches qui craquent sous nos pas. On est de plus en plus naïfs quand on saute d’une roche à une autre. Le temps vacille, on dirait qu’on tombe, mais l’amour nous ramène.

On se couche en été.

On étire les nuits pis dormir s’efface de nos promesses. On se jette à la mer en se laissant bercer par les vagues. On peut goûter les perles d’eau salée de nos lèvres quand on se la coule douce toi pis moi. Nos corps s’entremêlent dans la tiède obscurité pis on s’en peut pus de s’aimer. Les heures finissent pus de finir pis je sens mon coeur vrombir dans le fond de moi-même. On se rend fous juste à se regarder.

Pis c’est là que j’ai l’impression de tomber du mont.

Que nos saisons trop courtes nous ont rattrapés.

Que je vais me recoucher pour me réveiller en automne, mais que ce matin-là, tu ne seras pas là. Pis les autres matins non plus.

Plus les saisons filent, plus le temps passe, plus tu t’en vas. Tu t’en vas subir le choc des saisons ailleurs d’où je suis.

Je vais perdre l’équilibre pis le temps va gagner.

Les saisons trop longues sans toi vont finir par l’emporter.

Je les aimais les saisons trop courtes.

Au moins t’étais là.

sandrine-zanèse

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